2 000 hectares de vignes disparaissent : ce que ça change pour votre vin

2 000 hectares de vignes disparaissent : ce que ça change pour votre vin

Les Pyrénées-Orientales perdent 27 % de leur vignoble en deux ans. Pendant ce temps, des vignerons tentent l'agrivoltaïsme pour sauver leurs raisins du climat. Le point sur une semaine agitée pour le monde du vin.

2 000 hectares de vignes arrachés dans les Pyrénées-Orientales

Imaginez 10 000 terrains de football. C'est la surface de vignes qui va disparaître cette année dans un seul département français : les Pyrénées-Orientales. Après 2 800 hectares déjà arrachés l'an dernier, 1 975 hectares supplémentaires vont être supprimés en 2026.

Le chiffre qui parle : le vignoble des Pyrénées-Orientales ne compte plus que 13 000 hectares. Il y en avait 50 000 il y a 30 ans. En deux ans, près d'un quart du vignoble a disparu.

Pourquoi on arrache ?

Les ventes de vin baissent. Les prix aussi. Les coûts de production montent. Résultat : pour de nombreux vignerons, la viticulture n'est plus rentable. Christophe Sol, 52 ans, vigneron à Baixas, a arraché 23 hectares en deux ans sans hésiter : « Le vin, je n'y crois plus. On nous dit depuis des années de moins boire d'alcool. Les ventes baissent, les prix aussi, les frais des caves montent. Ce n'est plus rentable. »

Pour chaque hectare arraché, l'État verse 4 000 euros d'indemnités. Certains vignerons, comme Christophe, se reconvertissent dans l'olivier. D'autres laissent la terre en friche.

Et ça change quoi pour vous ?

Concrètement, ces arrachages concernent surtout des vins rouges d'appellation (AOP) — ceux qui peinent le plus à se vendre aujourd'hui. Les Côtes du Roussillon, les IGP catalanes… Des régions qui produisaient du vin de tous les jours. À terme, cela pourrait signifier moins de diversité sur les rayons supermarché et des prix en hausse sur certains segments.

Mais il y a aussi un enjeu environnemental : les vignes jouent un rôle de pare-feu naturel face aux incendies, particulièrement dans cette zone sud de la France.

Agrivoltaïsme : des panneaux solaires au-dessus des vignes

Pendant que certains arrachent, d'autres tentent de protéger leurs vignes autrement. En Charente-Maritime, David Moreau, producteur de cognac, vient de planter 4 hectares de vignes sous 6 000 panneaux photovoltaïques. Le principe : des panneaux orientables, pilotés par un logiciel, qui alternent ombre et soleil selon les besoins de la plante.

Les promesses : 70 à 80 % des vignes sauvées en cas de grêle, 90 % de chances d'être épargné par le gel, et une réduction des brûlures dues à la canicule. Le vigneron touche aussi un loyer de 600 euros par hectare et par an pendant 30 ans.

Le hic : la réglementation interdit depuis 2002 toute couverture des vignes en AOC, soit 95 % de la production française. Certaines appellations, comme les Côtes-du-Rhône, ont même interdit l'agrivoltaïsme dans leur cahier des charges pour cause de « défiguration paysagère ».

Le domaine de Nidolères, dans les Pyrénées-Orientales justement, fait figure de pionnier depuis 2018 avec 4,5 hectares sous panneaux. Les rendements y seraient « très positifs ».


En bref

London Wine Fair : le vin français fait son comeback à Londres

Du 18 au 20 mai, la London Wine Fair a accueilli 10 539 visiteurs — une hausse de 8,2 % et le premier passage au-dessus des 10 000 depuis six ans. La France a été le deuxième pays le plus recherché par les acheteurs britanniques, juste derrière le Royaume-Uni.

Bordeaux était particulièrement bien représenté avec trois stands. Les acheteurs cherchent des vins accessibles, durables et moins alcoolisés. Le Brexit et le Covid avaient fragilisé le marché, mais il se réorganise : 61 % des Britanniques se déclarent intéressés par le vin, en progression de 6 points.

Champagne : la grêle anéantit des vignes en fleur

Mardi 2 juin, un orage de grêle d'une violence inouïe a ravagé des centaines d'hectares de vignes en Champagne, principalement autour de Congy et Fèrebrianges (Marne). En deux minutes, le paysage est devenu lunaire : « Tout est à terre, comme si une effeuilleuse mal réglée était passée », témoigne un vigneron.

La récolte 2026 est compromise sur les zones touchées, avec des pertes allant de 10 à 100 %. Les vignerons parlent de « deux ans de galère pour deux minutes d'orage ». La Champagne dispose toutefois d'un système de réserves individuelles qui permet d'amortir ces coups durs.


À retenir

  • 27 % du vignoble des Pyrénées-Orientales a disparu en deux ans
  • L'agrivoltaïsme est une piste pour protéger les vignes du climat, mais reste limité par la réglementation
  • La London Wine Fair confirme le retour en force des vins français au Royaume-Uni
  • La grêle en Champagne compromet la récolte 2026 sur plusieurs centaines d'hectares