Agroforesterie viticole : quand les vignes accueillent des arbres
De plus en plus de domaines viticoles français plantent des arbres au milieu de leurs parcelles. Une pratique ancestrale qui revient en force, soutenue par de nouvelles aides publiques et un cadre réglementaire assoupli en 2026.
Un retour aux sources
L'agroforesterie viticole n'est pas une idée nouvelle. Jusqu'au XIXe siècle, les vignes françaises étaient fréquemment associées à des arbres fruitiers, des oliviers ou des noyers. Le paysage viticole traditionnel du Languedoc, de la Provence ou de la Gascogne témoigne de cette cohabitation séculaire.
La modernisation de l'agriculture après la Seconde Guerre mondiale a progressivement éliminé les arbres des parcelles pour faciliter la mécanisation. Soixante-dix ans plus tard, les arbres font leur grand retour dans les vignes — et cette fois, c'est la science qui les y encourage.
Les bénéfices prouvés
Les études menées par l'INRAE (Institut National de Recherche pour l'Agriculture, l'Alimentation et l'Environnement) entre 2020 et 2025 ont mesuré des impacts concrets sur les parcelles agroforestières viticoles :
Régulation thermique
Les rangées d'arbres créent un microclimat qui abaisse la température de l'air de 2 à 4°C autour des vignes situées dans un rayon de 15 mètres. Cet effet est particulièrement marqué lors des épisodes de canicule estivale.
Gestion de l'eau
Les systèmes racinaires des arbres, plus profonds que ceux de la vigne, favorisent l'infiltration de l'eau dans le sol et réduisent le ruissellement de 30 à 50% sur les parcelles en pente. En période de sécheresse, les arbres pompent l'eau en profondeur et la redistribuent dans les couches superficielles via les champignons mycorhiziens.
Biodiversité
La présence d'arbres multiplie par 3 à 5 le nombre d'espèces d'auxiliaires de culture (coccinelles, chrysopes, syrphes) qui contribuent à réguler naturellement les ravageurs de la vigne. Les populations d'oiseaux insectivores augmentent également significativement.
Qualité du raisin
Les premières vendanges issues de parcelles agroforestières montrent des résultats encourageants : une acidité mieux préservée, des degrés d'alcool potentiels plus modérés et une palette aromatique souvent plus complexe.
Le cadre réglementaire évolue
Jusqu'en 2025, les cahiers des charges des AOC françaises interdisaient généralement la présence d'arbres dans les parcelles viticoles, considérant qu'ils faisaient obstacle à la « bonne culture » de la vigne.
En janvier 2026, l'INAO a publié une note de service assouplissant cette position. Désormais, les arbres sont autorisés dans les parcelles AOC sous réserve de respecter plusieurs conditions :
- Densité maximale de 50 arbres par hectare (soit environ un arbre tous les 14 mètres)
- Hauteur limitée à 8 mètres en maturité pour éviter une ombrage excessif
- Essences autorisées : une liste de 35 espèces locales a été établie, incluant noyers, chênes pubescents, frênes, alisiers et fruitiers divers
- Distance minimale de 5 mètres entre chaque arbre et le rang de vigne le plus proche
Chaque syndicat d'appellation reste libre d'adapter ces règles à son terroir. Plusieurs régions ont déjà publié leurs propres déclinaisons :
- Beaujolais : 40 arbres/ha maximum, essences locales uniquement
- Provence : programme pilote sur 200 hectares avec des oliviers
- Loire : expérimentation en cours avec des noyers et des châtaigniers
- Bordeaux : étude en cours, décision attendue fin 2026
Les aides financières
Le Plan France Relance Vert et le programme PAC 2023-2027 financent la transition agroforestière via plusieurs dispositifs :
| Dispositif | Montant | Conditions |
|---|---|---|
| Plantation d'arbres isolés | 15 à 25€/arbre | Essences locales, densité < 50/ha |
| Diagnostic agroforestier | Prise en charge à 80% | Domaine < 50 ha |
| Conversion agroécologique | 200 à 400€/ha/an sur 5 ans | Engagement sur 10 ans minimum |
| Aide biodiversité viticulture | 100€/ha/an | Mesure agro-environnementale validée |
Ces aides peuvent se cumuler, rendant la transition financièrement accessible même pour les petits domaines.
Des domaines pionniers
Domaine de la Marjori (Languedoc)
Ce domaine de 22 hectares près de Montpellier a planté 320 arbres depuis 2021 : oliviers, amandiers et figuiers répartis sur l'ensemble du parcellaire. La viticultrice, Claire Fontanel, observe des résultats nets dès la troisième année : « Les vignes situées à proximité des rangées d'arbres ont mieux résisté à la canicule de juillet 2025. Le degré potentiel était en moyenne 0,8 point plus bas. »
Château des Remparts (Bordeaux, Castillon)
En conversion biologique depuis 2020, ce domaine familial a intégré 180 arbres sur 15 hectares de vignes. Les propriétaires ont choisi des essences à croissance rapide (saules, bouleaux) en bordure de parcelle et des fruitiers (pommiers, poiriers) en alignement intra-parcellaire.
Domaine des Cadoles (Beaujolais)
Premier domaine beaujolais à s'engager dans l'agroforesterie en 2022, il a planté des noyers et des charmes entre les rangs de Gamay. Les premières cuvées issues de ces parcelles, commercialisées en 2025, ont reçu un accueil favorable de la critique.
Un mouvement naissant
L'agroforesterie viticole reste marginale : on estime qu'en avril 2026, moins de 2% du vignoble français a intégré des arbres dans ses parcelles. Mais le mouvement s'accélère. Les pépinières spécialisées font état d'une hausse de commandes de 45% entre 2024 et 2026.
L'enjeu est de taille : prouver que l'on peut produire des grands vins tout en restaurant la biodiversité et en s'adaptant au changement climatique. Les premiers résultats sont prometteurs.
Retrouvez notre article sur la viticulture durable et le plan Écophyto 2026 pour aller plus loin sur les pratiques viticoles respectueuses de l'environnement.

