
Bordeaux 2025 : Pontet-Canet baisse les prix pour relancer les primeurs
Pontet-Canet ouvre la campagne des primeurs 2025 à 48 EUR HT, en baisse de 2 EUR. Brèves : 11 lauréats aux Trophées de l'Œnotourisme et gel historique en Champagne.
Pontet-Canet fait le premier pas
Le château Pontet-Canet, grand cru classé de Pauillac, a ouvert la campagne des primeurs 2025 avec un prix de départ château fixé à 48 euros HT la bouteille de 75 cl, en recul de 2 euros par rapport au millésime 2024. Une baisse modeste, mais symbolique, dans un marché bordelais en grande difficulté.
Le prix négociant s'établit à 58 euros HT, légèrement inférieur aux 60 euros du précédent millésime, selon les données confirmées par la plateforme britannique Liv-ex. Si l'institut de notation a salué « une volonté claire de prendre en compte les conditions de marché difficiles », il a aussi pointé un prix recommandé pour le consommateur final « problématique ».
Car le contexte est tendu. Après trois années de hausses spectaculaires — le millésime 2022 avait atteint des sommets —, les prix des primeurs bordelais n'ont cessé de reculer. Pontet-Canet lui-même avait déjà baissé de 5 euros en 2024, et de 25 euros entre 2022 et 2023. Le retour aux niveaux de 2019, un millésime lancé en plein confinement à prix discount, rappelle que le marché attendait un geste plus marqué.
Ce que ça change pour les amateurs
Concrètement, cette baisse de prix se répercute-t-elle sur vos achats ? Pas nécessairement. Si le prix départ château recule de 2 euros, le prix public recommandé reste élevé — autour de 80 à 90 euros la bouteille en France, davantage à l'export. Les vrais gagnants de cette campagne sont les acheteurs « en primeur », qui misent sur le potentiel de garde du millésime. Mais pour le consommateur quotidien, l'impact reste marginal.
Le vrai enjeu, c'est la confiance. Les primeurs bordelais ont perdu une partie de leur attrait ces dernières années, entre prix perçus comme déconnectés et qualité jugée inégale. La baisse annoncée par Pontet-Canet, suivie par d'autres propriétés, signale un début de retour à la raison. Reste à voir si ce mouvement suffira à redynamiser un marché en perte de vitesse.
Pour les investisseurs et collectionneurs, le signal est plus contrasté. D'un côté, des scores élevés (97 points Decanter pour Pontet-Canet) garantissent un potentiel de garde indéniable. De l'autre, la tendance baissière des prix de revente sur le marché secondaire rend le calcul plus incertain. Les données Liv-ex montrent que les primeurs bordelais sous-performent le reste du marché vin depuis deux ans.
Côté notation et autres lancements
Côté notation, le 2025 de Pontet-Canet a obtenu 97 points chez Decanter, au niveau des 2024 et 2023. Georgie Hindle, dégustatrice du magazine, loue un vin « structuré et frais, avec une promesse de long vieillissement » et une « pureté de fruit brillante ».
Chez les autres châteaux pionniers de cette campagne, Batailley (96 points) a été proposé à 289 livres le cas de 12 bouteilles en bond, soit le prix le plus bas depuis 2014. Du côté de la rive droite, La Fleur-Pétrus (95 points) et Bélair-Monange (96 points) affichent des tarifs similaires à 2024. Un seul constat s'impose : comme le résumait un négociant bordelais, « ce n'est pas le prix qui compte, c'est de vendre ».
Brève : 11 lauréats pour les Trophées de l'Œnotourisme 2026
Mercredi 6 mai au soir, le Musée Inguimbertine de Carpentras accueillait la 8e édition des Trophées de l'Œnotourisme, organisés par Terre de Vins en partenariat avec Atout France. Sur plus de 340 candidatures, 11 propriétés ont été récompensées dans six catégories allant de l'architecture à la restauration en passant par l'oenotourisme d'affaires.
Parmi les lauréats : Château Cantemerle (Bordeaux) pour l'architecture et les paysages, Taittinger Œnotourisme (Champagne) pour la restauration et le séjour, et Château de Ferrand (Bordeaux) pour l'art, la culture et les savoir-faire. L'ODG Sauternes-Barsac a remporté le coup de cœur pour la promotion d'un terroir. La France accueille 12 millions d'oenotouristes par an.
Ces récompenses rappellent que l'oenotourisme est devenu un pilier économique des régions viticoles. Pour les amateurs, c'est l'occasion de (re)découvrir des domaines qui investissent dans l'accueil, la scénographie et les expériences immersives. De quoi planifier vos prochaines escapades vignobles.
Brève : le gel frappe durement la Champagne
Un épisode de gel d'une forte intensité a traversé le vignoble champenois ce printemps, qualifié de « pire année depuis 2003 ». L'évaluation préliminaire fait état de 38 à 43 % de bourgeons gelés, avec de fortes hétérogénéités selon les secteurs. La Vallée de la Marne et la Côte des Bars figurent parmi les zones les plus touchées.
Toutefois, les professionnels relativisent. Maxime Toubart, président du SGV, rappelle que « 38 % de bourgeons gelés, ce n'est pas 38 % de raisins en moins ». Les contre-bourgeons, productifs sur pinot noir et meunier, peuvent partiellement compenser. La réserve individuelle, portée à 10 000 kg par hectare, constitue un filet de sécurité. Les Saints de Glace (11-13 mai) n'ont pas encore passé, la vigilance reste de mise.
Pour les consommateurs, pas de raison de s'alarmer dans l'immédiat : le système de réserve champenois absorbe les aléas climatiques depuis des décennies. En revanche, si les épisodes de gel se multiplient, la question de l'adaptation du vignoble à long terme se posera avec de plus en plus d'acuité.