Crise viticole : les députés enterrent le tunnel des prix

Crise viticole : les députés enterrent le tunnel des prix

L'Assemblée nationale a rejeté le tunnel des prix du vin. Le gouvernement défend son plan de 170 millions d'euros d'aides, mais le décalage persiste entre Paris et le terrain.

Le tunnel des prix ne passera pas

Les députés ont enterré le projet de tunnel des prix des vins, ce mécanisme qui devait encadrer les prix minimum et maximum des vins en vrac. Selon Vitisphere, l'Assemblée nationale a rejeté le dispositif ce 1er juin, tout en laissant entrevoir un possible retour sous la forme d'un prix plancher. Un signal révélateur de la difficulté à réguler par la loi un marché soumis aux tensions de l'offre et de la demande.

Le rejet intervient alors que la colère vigneronne monte. Le 29 mai, lors d'une audition parlementaire, des représentants de la filière ont martelé le même message : « Si le viticulteur ne veut pas être la prochaine espèce animale à disparaître, il nous faut des outils pour assurer des prix rémunérateurs du vin. »

170 millions d'aides, et pourtant

Face aux critiques, la ministre de l'Agriculture Annie Genevard brandit les chiffres. Le plan de sortie de crise viticole cumule 130 millions d'euros pour l'arrachage définitif et 40 millions pour la distillation, auxquels s'ajoutent des allégements de cotisations et une aide à la restructuration des prêts bancaires.

Mais sur le terrain, le décalage est patent. Les délais administratifs, la complexité des dossiers et le montant insuffisant des primes découragent les candidats à l'arrachage. Résultat : les enveloppes ne sont pas intégralement utilisées. Le trop tard s'ajoute au trop peu, comme le souligne l'éditorialiste Alexandre Abellan dans Vitisphere.

Le vin trop cher au restaurant

Le débat sur le prix du vin ne concerne pas que les producteurs. Selon Vitisphere, un professionnel de la filière rappelait le 31 mai que « le vin est trop cher au restaurant : les Français consomment moins de vin, mais on n'en dit pas la cause ». Le multiplicateur classique de trois à quatre fois le prix de gros en restaurant étouffe la demande, pendant qu'en amont, les vignerons ne couvrent pas leurs coûts de production.

Le grand écart entre un prix producteur en chute et un prix consommateur qui ne baisse pas illustre le dysfonctionnement de la chaîne de valeur. Pour l'amateur, la réponse n'est pas dans le tunnel des prix, mais dans une meilleure transparence sur les marges intermédiaires.

En bref

10 mètres de zone tampon contre les phytos

Les députés ont validé le 1er juin une servitude de protection de 10 mètres entre les vignes traitées et les habitations riveraines. Une mesure qui contraint certains vignobles périurbains et ravive le débat sur l'usage des produits phytosanitaires en viticulture.

Sancerre vise l'Unesco sans éoliennes

Le vignoble de Sancerre a déposé un dossier de classement au patrimoine mondial de l'Unesco, en refusant l'installation d'éoliennes sur son territoire. La démarche vise à protéger le paysage viticole tout en renforçant l'attractivité de l'appellation.