
Esca : le champignon coupable enfin identifié par l'Inrae
Au Sparkling Wine Forum de Reims, un chercheur de l'Inrae de Colmar a identifié le mécanisme exact par lequel Fomitiporia mediterranea attaque le bois sain. Brèves : oïdium et mildiou sous pression en Champagne, ligne THT en Costières de Nîmes.
L'esca, ce mal mystérieux qui ronge la vigne
L'esca est l'une des maladies du bois les plus redoutées du vignoble français. Chaque année, elle provoque le dépérissement de ceps entiers, sans traitement curatif connu. Mais au Sparkling Wine Forum de Reims, le 19 mai, un chercheur de l'Inrae de Colmar a annoncé une découverte qui pourrait bien changer la donne.
Christophe Bertsch, passionné par les écrits de ses prédécesseurs, a relu un article de Pierre Ravaz, célèbre ampélographe du XIXe siècle. Dès 1906, Ravaz pointait le rôle d'un champignon appelé Polyporius ignarius — aujourd'hui connu sous le nom de Fomitiporia mediterranea. « Ravaz écrit que si on enlève Polyporius ignarius, on enlève l'esca », rappelle Christophe Bertsch.
Des groupements hydroxyles qui « cassent tout »
Jusqu'ici, on savait que F. mediterranea causait l'amadou, cette pourriture blanche du bois. Mais restait à prouver qu'il pouvait attaquer le bois sain. C'est désormais chose faite. Le chercheur a découvert que le champignon utilise des groupements hydroxyles pour dégrader le bois par une voie non enzymatique, jusque-là jamais mise en évidence. « Ce champignon arrive dans le bois avec des groupements hydroxyles qui cassent tout », a-t-il expliqué. Une fois le bois affaibli, les enzymes fongiques achèvent le travail.
Dans cette hypothèse, les nombreux autres champignons associés à l'esca seraient en réalité des saprophytes, simples passagers du bois déjà dégradé. « Si on comprend le mécanisme de la colonisation, on peut espérer trouver un moyen de la bloquer », conclut Bertsch. Une thèse est en cours à l'Inrae pour explorer cette piste.
Bretts : la contamination invisible des effervescents
Autre révélation du congrès rémois : l'étendue de la contamination des vins de base par les levures Brettanomyces bruxellensis. Nicolas François, directeur de la Station œnotechnique de Champagne, a analysé 100 échantillons de vins de base en mars. Résultat : 70 étaient contaminés, certains jusqu'à 100 000 voire un million de cellules par millilitre.
Le danger n'est pas tant le goût phénolé redouté des consommateurs. Il est mécanique : ces levures forment des biofilms qui adhèrent au verre et compliquent considérablement le remuage des bouteilles. « Beaucoup de vins font leur seconde fermentation avec des Bretts », constate Nicolas François. Le traitement au chitosan se révèle efficace pour s'en débarrasser.
Le réchauffement climatique aggrave la situation : des teneurs en calcium plus élevées rendent les levures plus adhérentes, et des pH accrus favorisent les fermentations malolactiques en bouteille, elles aussi sources de difficultés de remuage.
Champagne : après le gel, la pression des maladies
Le vignoble champenois n'en finit pas. Après trois nuits de gel qui ont détruit 38 % des bourgeons, voilà que l'oïdium et le mildiou montent en puissance. Les symptômes d'oïdium ont été détectés dès le 10 mai sur chardonnay. Les indicateurs de risque passent « du orange au rouge », selon Frank Mazy, consultant chez Viti-Concept.
Le mildiou, retardé par un mois d'avril historiquement sec, est lui aussi prêt à exploser. Les pluies contaminantes se sont multipliées (les 1er, 2, 3, 4, 5, 6, 11, 13, 16, 17 et 18 mai), créant ce que le consultant appelle une « cocotte-minute » qui n'attend que la chaleur pour bouillir. Pascal Doquet, vigneron à Blancs-Coteaux, réalise son quatrième traitement antimildiou le 21 mai. La vigne, précocette de douze jours sur la moyenne décennale, pourrait donner lieu à des vendanges « ultra précoces ».
Costières de Nîmes : la ligne THT se rapproche
Dans le Gard, le projet de ligne aérienne très haute tension 400 000 volts entre Fos-sur-Mer et Jonquières-Saint-Vincent franchit un cap. Le ministère de l'Énergie a engagé le 13 mai la procédure de déclaration d'utilité publique, provoquant la colère des vignerons des Costières de Nîmes et du collectif THT 13-30.
Cyril Marès, président du syndicat AOC, dénonce une décision « déjà prise » malgré les alternatives d'enfouissement proposées par les opposants. L'abandon du projet Carbon de Fos-sur-Mer — une gigantesque usine photovoltaïque — renforce leur argument : 3 000 des 10 000 emplois promis se sont évaporés. Reste que le nouveau décret de simplification contentieuse, applicable au 1er juillet, réduira drastiquement les possibilités de recours. Les pylônes de 60 mètres pourraient bien traverser le vignoble dès 2027.