
François-Régis de Fougeroux : la Loire perd l'un de ses plus grands défenseurs
Figure des vins de Loire, François-Régis de Fougeroux s'est éteint le 25 avril 2026. Directeur de Langlois et du Domaine Hubert Brochard, président de l'UMVL, il a porté les effervescents ligériens sur le devant de la scène.
La Loire perd l'un des siens
Le samedi 25 avril 2026, le monde du vin français a perdu l'une de ses figures les plus discrètes et les plus respectées. François-Régis de Fougeroux, directeur général de la maison Langlois à Saumur et du Domaine Hubert Brochard à Sancerre, s'est éteint accidentellement à l'âge de 52 ans. Derrière ce homme affable se cachait un bâtisseur, un défenseur acharné des vins de Loire et un paysan dans l'âme.
Des Mauges à Saumur : le parcours d'un enfant du terroir
François-Régis de Fougeroux est originaire du bocage des Mauges, dans le Maine-et-Loire. Issu d'une famille d'éleveurs bovins, il gardait de cette origine paysanne une humilité profonde. « Mon père n'hésitait pas à me réveiller au beau milieu de la nuit pour un vêlage », racontait-il. Il ajoutait : « Quand tu grandis dans cette atmosphère, imprégnée de l'esprit vendéen, tu es marqué à vie, tu as ça dans le sang. »
Après une licence de biologie végétale et un Master à l'Université de Nantes — avec un mémoire sur la stabilité des bulles de champagne, qu'il qualifiait lui-même de « peu lunaire à la fac de Nantes » —, il fait ses premières vendanges en 2000 chez Langlois-Château à Saumur, pendant son service militaire.
C'est là qu'il rencontre Michel Villedey, directeur général de la maison, qui détecte son potentiel. Le jeune homme part ensuite en Australie chez Petaluma, puis en Afrique du Sud, pour découvrir d'autres approches de vinification. De retour chez Langlois en 2001 comme assistant de direction, il gravit les échelons : responsable de production, puis marché canadien.
À 32 ans, la direction de Langlois
En 2008, à seulement 32 ans, François-Régis de Fougeroux succède à Michel Villedey à la tête de Langlois-Château. Le défi est immense : la maison, fondée en 1885 et rachetée par le groupe Bollinger en 1973, est l'une des références des effervescents ligériens.
Il y réussit un tour de force : moderniser la production tout en respectant l'ADN de la maison. En 2022, il pilote l'acquisition du Domaine Hubert Brochard à Sancerre par le groupe Bollinger — un acte stratégique majeur qui renforce le pôle Loire. En 2023, il accompagne la transformation de « Langlois-Château » en « Langlois », un recentrage assumé sur les crémants.
De Saumur à Sancerre, il dirigeait ainsi tout le pôle Loire du groupe Bollinger, épaulé par Laurent Onillon (directeur commercial, entré la même année que lui en 2001) et Rodrigo Zamorano (directeur du site de Sancerre).
Le défenseur des appellations ligériennes
Au-delà de ses fonctions de dirigeant, François-Régis de Fougeroux s'est engagé corps et âme dans la défense de la filière viticole ligérienne. Membre d'Interloire dès 2008, il intègre le bureau en 2020. Il préside l'UMVL (Union des Maisons et des Marques de Vins de Loire) entre 2021 et 2023. Il siège également au comité régional et national de l'INAO.
Son combat ? Défendre une vision exigeante et accessible des vins de Loire, « sans céder ni à un élitisme de façade ni à une logique de premiumisation aveugle », comme l'écrivait Bettane+Desseauve. Il œuvrait à la reconnaissance des effervescents ligériens et à la valorisation des terroirs, de Saumur à Sancerre.
Camille Masson, président d'Interloire et de l'UMVL, résumait ainsi sa personnalité : « François-Régis faisait l'unanimité autour de lui, ce qui est très rare aujourd'hui. Il avait un grand sens du collectif. Je ne connais pas beaucoup de gens comme lui, avec de telles valeurs humaines. Il était droit, intègre. »
La Loire : le plus long vignoble de France
Pour comprendre l'importance de cet homme, il faut mesurer ce que représente le Val de Loire. Troisième grande région viticole française en surface avec environ 70 000 hectares, c'est le plus long vignoble de France, s'étirant du Massif Central à l'Atlantique le long du fleuve.
La Loire compte 51 appellations d'origine et produit des vins dans toutes les catégories : secs, moelleux, effervescents, rosés. Ses cépages emblématiques — le Chenin pour les blancs, le Cabernet Franc pour les rouges, le Sauvignon pour Sancerre et Pouilly-Fumé, le Melon de Bourgogne pour le Muscadet — dessinent une mosaïque de terroirs unique.
Le Crémant de Loire, spécialité de la maison Langlois, est l'une des appellations effervescentes les plus dynamiques hors Champagne. C'est précisément ce segment que François-Régis de Fougeroux avait à cœur de promouvoir.
Un homme de convictions et d'humanité
Max Laurilleux, vigneron angevin et président de la CVVL, se souvient : « François-Régis était très impliqué dans la vie de la filière, très présent dans les dossiers. On s'affrontait parfois en réunion ; chacun défendant ses positions, mais une fois les réunions terminées, c'était quelqu'un de très attentionné aux autres, de respectueux, de très humain. »
Louis-Victor Charvet, de Bettane+Desseauve, écrivait : « Dès notre première rencontre, j'avais été admiratif de la justesse de sa parole énergique, jamais excessive et toujours nuancée. Grand gaillard à l'allure joviale, il incarnait cette accessibilité rare des dirigeants qui savent ce qu'ils font. »
Le groupe Bollinger, par la voix d'Étienne Bizot et Gonzague Villedey, saluait « son humilité, sa persévérance et ses convictions qui lui ont permis de tirer les vins de Loire vers le haut ».
L'héritage d'un bâtisseur
François-Régis de Fougeroux laisse derrière lui un pôle Loire renforcé, des équipes qu'il a fait grandir, et un héritage institutionnel considérable. Il avait ses propres mots pour résumer son parcours : « Je crois que mon parcours tient de la Providence. Au fond, je reste un paysan, même si mes mains n'ont plus de cals. »
Une organisation transitoire a été mise en place par le groupe Bollinger, avec Gonzague Villedey assurant la direction par intérim. Le vignoble ligérien, orphelin d'un de ses plus fidèles serviteurs, poursuit sa route — mais sans celui qui, avec patience et conviction, œuvrait à le faire rayonner bien au-delà de ses frontières.
Marié et père de quatre enfants, François-Régis de Fougeroux incarnait ce que le monde du vin a de plus précieux : la passion du terroir, le sens du collectif et une humanité sans faille.