Madiran réinvente son tannat avec Bleu Tannat

Madiran réinvente son tannat avec Bleu Tannat

L'appellation Madiran lance « Bleu Tannat », un label collectif pour des rouges plus frais et accessibles. Le cahier des charges a été révisé. Dans les brèves : le Mercosur fait tomber les droits de douane, et le Biotope Festival fête ses 10 ans à Saint-Émilion.

Le tannat, ce cépage du Sud-Ouest réputé pour ses vins charpentés et de garde, se réinvente. L'appellation Madiran vient de lancer « Bleu Tannat », un label collectif qui vise à produire des rouges plus frais, plus fruités et prêts à boire dans leur jeunesse. Un virage stylistique majeur pour ce vignoble de moins de 1 000 hectares, niché entre Pyrénées et Atlantique, qui rassemble 120 familles autour de deux caves coopératives et d'une trentaine de vignerons indépendants.

Ce changement de cap n'est pas un simple exercice de style. Il répond à une réalité commerciale pressante : la déconsommation de vin rouge frappe de plein fouet les appellations traditionnelles. Les circuits de distribution se détournent des vins d'appellation au profit de cuvées plus flexibles et plus fruitées, souvent déclarées en Vin de France. « Ils se désintéressent de plus en plus des vins d'appellation au profit des vins de France, plus flexibles et plus fruités, ce que ne permettait pas jusqu'à présent notre cahier des charges d'AOP trop rigide », confie Lucie Charrier, du domaine du Moulié.

Un cahier des charges libéré

Depuis novembre 2025, le cahier des charges de l'AOC a été officiellement modifié, ouvrant la voie à des vins d'un nouveau style, plus clairs, plus souples et moins concentrés. L'intensité colorante minimale passe de 12 à 6, levant un verrou technique qui interdisait de facto toute expression légère du tannat. Le manseng noir fait son entrée comme cépage accessoire, tandis que la mise en marché est avancée du 1er novembre au 1er mai.

Le tannat reste la colonne vertébrale de l'appellation, avec un minimum de 50 à 60 % dans l'assemblage classique, hissé à 85 % pour le label Bleu Tannat. Pour ce dernier, les vignerons privilégient une extraction douce, des macérations courtes et la recherche d'un fruit éclatant et immédiat.

La parole aux vignerons

« Il ne s'agit pas seulement d'un nouveau concept marketing, mais d'une nouvelle vision, le fruit d'une intelligence et d'une prise de conscience collective », souligne Denis Degache, président de la Maison des Vins de Madiran. Ce projet, porté depuis 2021, a été présenté le 14 avril, journée mondiale du tannat — clin d'œil à un cépage voyageur, introduit en Uruguay au XIXe siècle et aujourd'hui 102e cépage mondial par la surface plantée.

« Le tannat est un cépage exigeant, pas toujours simple à travailler. Il demande de la persévérance et de la rigueur mais c'est le battement de cœur de nos vignes », ajoute Denis Degache. Manon Bertrand, responsable de l'ODG, enfonce le clou : « C'est un projet d'avenir depuis 2021, qui a fait se rencontrer tous les vignerons car il y avait urgence à réinventer l'appellation. »

Du côté des domaines, Grégory Laplace, du domaine d'Aydie, témoigne avec franchise : « Il était grand temps de passer de vins tanniques à des vins plus fruités pour nous adresser à d'autres consommateurs et à des instants plus festifs. » Le changement climatique accompagne d'ailleurs cette mutation, en élargissant la palette aromatique du tannat, désormais capable de livrer des expressions plus gourmandes sans renier sa profondeur.

Une identité visuelle pour se démarquer

Le profil recherché est un vin gourmand, digeste, franc et vif, évoquant des arômes de myrtille, de mûre et de cassis, avec ces fameux « reflets bleus » qui ont inspiré le nom du label. La certification n'est pas donnée : chaque cuvée est validée après dégustation à l'aveugle par une cinquantaine de dégustateurs agréés, et revalidée chaque année avant la mise en bouteille.

En rayon, le consommateur repérera le label grâce à une pastille ou un bandeau bleu sur l'étiquette. Le choix de cette couleur n'est pas anodin. « Il évoque les baies des arômes, l'horizon des Pyrénées et l'influence atlantique, la fraîcheur, l'audace, et c'est la couleur préférée des Français », détaille Angelina Benoit, responsable marketing de l'appellation. Ce repositionnement vise clairement de nouveaux moments de consommation : des vins de partage, à boire légèrement rafraîchis, et à ouvrir sans attendre. Pas forcément à table.

Une première année mesurée

Pour cette première année, environ 2 000 hectolitres — soit 4 % de la production de l'appellation — porteront le label, positionnés entre 8 et 12 euros. La production a été volontairement limitée pour préserver la cohérence du projet et son exigence qualitative. Les premières bouteilles arrivent début mai chez les cavistes, en CHR et en grande distribution, accompagnées d'animations dégustations. L'export, qui représente 20 % des ventes de l'appellation, ne sera pas ciblé dans l'immédiat.

Au-delà du produit, Bleu Tannat souffle un vent fédérateur dans le vignoble. Quelques domaines envisagent même de rebasculer en Madiran des cuvées auparavant déclarées en Vin de France. La dynamique collective pourrait bientôt explorer d'autres pistes, notamment autour du pacherenc sec.

Brève — Mercosur : les droits de douane tombent pour le vin européen

L'accord entre l'Union européenne et le Mercosur commence à produire ses effets dans le vignoble européen. Selon Vitisphere, des droits de douane jusqu'alors fixés à 18 et 35 % dans certains pays sud-américains sont en voie de suppression, ouvrant de nouveaux débouchés aux vins européens. Les producteurs du Vieux Continent saluent une avancée attendue depuis plus de vingt ans.

Brève — Biotope Festival : 10 ans de vin durable à Saint-Émilion

Du 15 au 19 mai, Saint-Émilion accueille la dixième édition du Biotope Festival, dédiée au thème « Vivants ?! ». Depuis ses débuts, l'association sensibilise à la préservation de l'environnement en sillonnant les écoles et en formant des jeunes en service civique. Elle porte également le programme la Marche des Arbres, soutenu par la Région Nouvelle-Aquitaine.

Vendredi 15 mai, une journée technique réunit le CIVB, les syndicats bio, la Chambre d'agriculture et le Conseil des Vins pour faire le point sur l'état des vignes girondines. Erik Orsenna, Gilles Bœuf et Marc-André Selosse, présents depuis les premières éditions, dresseront un bilan de ces dix années. Le week-end propose des ateliers familiaux à la salle des Dominicains, un spectacle au Château Coutet et des balades nature dans le vignoble. Lundi et mardi, 680 élèves se succèdent au lycée de Montagne Saint-Émilion pour 45 ateliers mêlant environnement, sport et culture.