Provence : le rosé régule ses volumes, vise l'effervescent
Face aux excédents, les trois AOC de Provence adoptent une réserve interprofessionnelle et préparent une appellation effervescente pour diversifier.
La Provence n'est plus épargnée par la crise viticole. Le 12 juin, lors de l'assemblée générale des Côtes-de-Provence à Collobrières, le président Éric Pastorino — qui dirige également le CIVP — a déclaré que le vignoble était « entré dans une crise dangereuse ». On parle de plus de 100 000 hectolitres de rosés AOP excédentaires sur le millésime 2025.
Jusqu'ici, la Provence tirait son épingle du jeu. Le différentiel entre offre et demande se creuse désormais, avec des déclassements conséquents en IGP.
Une réserve plutôt qu'une baisse de rendements
Pour réadapter l'offre à la demande, les trois organismes de défense et de gestion — Côtes de Provence, Coteaux d'Aix et Coteaux Varois — ont écarté la piste d'une réduction des rendements. À la place, ils privilégient une réserve interprofessionnelle, calibrée sur la moyenne olympique des commercialisations des cinq dernières années : on retire la plus haute et la plus basse des valeurs.
Le dispositif autorise une tolérance de 5 % pour le vin conditionné en bouteille. Au-delà du seuil, l'excédent peut être écoulé en vin de France ou attendre un déblocage collectif. S'il reste en cave au-delà du 31 décembre de l'année suivante, la distillation s'impose. Le vote définitif du CIVP est attendu le 3 juillet, puis le ministère devra valider.
Un effervescent Côtes-de-Provence en préparation
La région veut aussi innover. Un dossier d'appellation effervescente Côtes-de-Provence sera déposé à l'INAO dans les semaines à venir. Contrairement au crémant, qui impose des vendanges manuelles, ce nouvel effervescent autorisera la vendange mécanique — une nécessité quand les vendanges provençales se déroulent désormais de nuit, dès début août.
La « méthode provençale » recourrait à du moût préalablement congelé plutôt qu'à une liqueur de tirage. Les méthodes Charmat et traditionnelle sont également à l'étude au Centre du Rosé. Production envisagée dès 2027, plus vraisemblablement 2028.
Les négociations contractuelles avec LVMH — propriétaire de Minuty et de Château d'Esclans — doivent s'achever fin juin ou début juillet. Pastorino plaide pour que chaque vigneron obtienne une visibilité sur son revenu.
Ce que ça change pour vous
La réserve interprofessionnelle vise à éviter que les rosés de Provence ne subissent le même sort que d'autres vignobles : stocks invendus, chute des prix, déclassements massifs. À court terme, elle pourrait stabiliser les prix. Et si l'effervescent voit le jour, vous découvrirez bientôt un Côtes-de-Provence pétillant, vendangé à la fraîche.
Brève — À 5 €, le vin stagne depuis 25 ans
Dans un autre registre, le consultant Jérémy Arnaud (Terroir Manager) a bousculé une table ronde organisée par le cluster Vinseo le 17 juin. Selon les panels IRI en sortie de caisse, les vins à 5 € n'ont gagné aucun volume en 25 ans. Il situe le cœur de marché entre 7 et 15 €, et réserve la notion de terroir aux bouteilles au-dessus de 15 €. Geoffroy de la Besnardière, du domaine de l'Arjolle dans l'Hérault, a illustré ce positionnement : sa gamme de vins désalcoolisés lancée en 2018, vendue juste sous les 10 €, représente désormais un tiers des volumes du domaine.