Vignobles français : la Bourgogne explose, Bordeaux s'effondre

Vignobles français : la Bourgogne explose, Bordeaux s'effondre

Les données Safer 2025 sont sans appel : la Bourgogne atteint des records historiques, le Bordelais s'effondre. Décryptage d'un marché foncier à deux vitesses.

Un hectare de vignoble en Bourgogne peut désormais valoir jusqu'à 2,7 millions d'euros. À quelques centaines de kilomètres de là, le Bordelais voit ses prix chuter de 24 %. Les données 2025 de la Safer dressent un portrait saisissant d'un marché foncier viticole à deux vitesses.

Bourgogne : des records qui défient la gravité

Les chiffres publiés par la Safer, l'agence foncière rurale française, sont sans appel. En Côte-d'Or, le prix moyen d'un hectare de vignes de Chardonnay en premier cru a atteint 2,7 millions d'euros en 2025, en hausse de 6 %. Côté Pinot noir, les parcelles de premier cru s'arrachent à 1,15 million d'euros l'hectare, un bond de 11 % sur un an. Le vignoble bourguignon poursuit ainsi une ascension entamée depuis près de trois décennies.

Pour Nicolas Agresti, directeur des études à la Safer, la comparaison s'impose : parmi les gens qui ont de l'argent, certains veulent acheter une Ferrari, d'autres préfèrent acheter un vignoble bourguignon. Les appellations les plus prestigieuses de la Côte de Beaune et de la Côte de Nuits dominent depuis des années le classement des vins les plus chers au monde. Résultat : les parcelles grand cru, toutes plantées, sont devenues des actifs aussi rares que recherchés.

La Bourgogne ne couvre pourtant que 9 500 hectares, soit environ un dixième de la surface bordelaise. Cette rareté structurelle nourrit la demande d'investisseurs qui, selon Loïc Jégouzo, chargé d'études à la Safer, ne veulent pas posséder la bouteille, mais plutôt le vignoble qui la produit.

Bordeaux : l'élite rattrapée par la crise

Le contraste avec le Bordelais est brutal. Le prix moyen d'un hectare de vigne à Bordeaux a chuté de 24 % en 2025, à 85 595 euros. C'est la quatrième année consécutive de baisse. Même les appellations les plus prestigieuses, jusqu'ici épargnées, ont cédé. À Pauillac, berceau des premiers crus classés, le prix moyen a plongé de 32 %, à 1,7 million d'euros l'hectare. À Margaux, la chute atteint 43 %, ramenant le prix à 800 000 euros l'hectare.

Ce recul touche un vignoble déjà durement frappé par la baisse de la demande mondiale en vin rouge. Des hectares entiers ont été arrachés au cours des derniers mois, et la campagne des primeurs 2025 se cherche encore.

Champagne : résistance et confirmation

Entre ces deux extrêmes, la Champagne affiche une certaine solidité. Dans la Côte des blancs, appellation prisée pour ses Chardonnay, le prix de l'hectare a progressé de 3,5 % pour atteindre 1,69 million d'euros.

L'ensemble du marché foncier viticole français a tout de même vu la valeur totale de ses transactions augmenter de 16 %, à 1,65 milliard d'euros. Un chiffre trompeur : sur 10 930 transactions enregistrées, quatre seulement ont représenté un quart de la valeur totale, l'essentiel des gros montants étant concentré sur la Côte-d'Or, selon Thierry Bussy, président de la Safer.

Brèves

Champagne Jacquart ouvre l'Hôtel de Brimont pour l'été. Jusqu'au 26 septembre, la maison rémoise propose un pop-up œnotouristique dans son siège du 34 boulevard Lundy, à Reims. Au programme : dégustation de trois cuvées accompagnée d'une création sonore sur mesure (60 €), boutique avec la collection confidentielle Triple 1, et privatisation pour les entreprises.

Fronton : l'appellation qui se réconcilie avec elle-même. Terre de Vins consacre un grand reportage à cette appellation du Sud-Ouest, bâtie autour de la négrette, un cépage identitaire qu'on ne trouve nulle part ailleurs. Frédéric Ribbes (domaine Le Roc) et Marc Penavayre (domaine Plaisance) racontent comment Fronton a dû renoncer à ses tentations bordelaises et à ses rendements excessifs pour retrouver sa singularité. Un chemin encore fragile, avec un prix moyen négocié autour de 90 € par hectolitre, et des surfaces en forte contraction.

Ce que cela signifie

Le rapport Safer 2025 confirme une fracture profonde du vignoble français. D'un côté, des terroirs d'exception qui s'apparentent à des actifs de luxe, attirant capitaux et investisseurs. De l'autre, des régions historiques qui peinent à maintenir leurs prix face à l'effondrement de la consommation. Pour l'amateur de vin, le message est double : les bouteilles bourguignonnes continueront de monter, tandis que le Bordelais, paradoxalement, n'a peut-être jamais offert autant d'opportunités d'achat.