Vin français 2025 : récolte basse et exportations en chute libre

Vin français 2025 : récolte basse et exportations en chute libre

Production viticole en recul, exportations en chute : le bilan 2025 du vin français révèle un secteur sous pression climatique et commerciale.

Le millésime 2025 du vin français : une année sous toutes les pressions

34,4 millions d'hectolitres. C'est le bilan chiffré de la production viticole française en 2025, un volume en recul de 5 % par rapport à 2024 et de 16 % sous la moyenne des cinq dernières années. Les chiffres, publiés par le ministère de l'Agriculture, confirment ce que les vignerons redoutaient depuis l'été : la canicule d'août a fait des ravages dans les vignes, et les exportations ne sont pas venues compenser.

Pour l'amateur qui suit le marché, cette double peine — moins de vin produit, moins de vin vendu à l'étranger — pose une question simple : que va-t-on trouver dans les rayons et à quel prix dans les mois qui viennent ?

Canicule, sécheresse, arrachages : une récolte sous tous les fronts

L'été 2025 restera dans les mémoires. Une canicule précoce et intense a frappé le vignoble français au cœur du mois d'août, accélérant la maturité des raisins tout en bloquant leur grossissement. Résultat : des baies plus petites, moins juteuses, des rendements en chute. Les pluies de septembre, accueillies avec soulagement, sont arrivées trop tard pour inverser la tendance.

« On s'attendait à une année normale, et puis la canicule est venue impacter les rendements, ça a brûlé carrément, les raisins ont perdu en volume », témoigne Dominique Furlan, vigneron dans l'Entre-Deux-Mers, auprès de l'AFP. Le Bordeaux n'est pas le seul touché. Dans le Beaujolais, le rendement atteint son plus bas niveau depuis au moins 35 ans, conséquence cumulée de la canicule, du mildiou, de la coulure et de la grêle. La production y recule de 32 % sur un an.

Le Languedoc-Roussillon, première région productrice, subit de plein fouet la combinaison de la sécheresse et du mildiou. La baisse de production atteint 9 % sur un an et 19 % par rapport à la moyenne quinquennale.

À ces aléas climatiques s'ajoute un facteur structurel : le plan gouvernemental d'arrachage subventionné. Dans le Bordelais, la surface en AOC est passée de 103 000 hectares en 2023 à 85 000 hectares en 2025, soit près de 18 000 hectares retirés en deux ans. Le Languedoc a arraché plus de 10 000 hectares supplémentaires.

Quelques lueurs toutefois. La production en AOP devrait progresser d'environ 5 % par rapport à 2024, portée par la Champagne, la Bourgogne (+45 % après le mildiou de 2024), le Val de Loire, la Corse et le Sud-Est. Mais ce rebond reste insuffisant pour rattraper la moyenne : la production AOP demeure inférieure de 11 % à la moyenne 2020-2024.

Exportations : le mur douanier américain et l'atonie asiatique

Le bilan commercial n'offre aucun répit. Entre août et décembre 2025, les ventes à l'étranger ont reculé de 4 % en volume et de 10 % en valeur. Le premier marché à l'export, les États-Unis, a sévèrement freiné les importations. Les expéditions de vins d'appellation vers l'outre-Atlantique ont chuté de 29 % en volume et de 46 % en valeur, conséquence directe de la politique douanière de l'administration Trump.

L'Asie ne compense pas. Les exportations vers la Chine reculent de 13 % en valeur, celles vers le Japon de 12 %. Le champagne, symbole historique du rayonnement du vin français à l'international, atteint son plus bas niveau d'exportation depuis douze ans.

Cette contraction des marchés étrangers fragilise davantage les domaines qui avaient investi dans l'export pour compenser la baisse de la consommation intérieure. Le signal est d'autant plus préoccupant que la tendance s'inscrit dans la durée.

Ce que ça change pour vous

Trois conséquences directes pour l'amateur. D'abord, une disponibilité potentiellement réduite sur certains appellations et millésimes, notamment en Bordeaux et en Beaujolais où les volumes ont le plus chuté. Ensuite, une pression sur les prix qui pourrait se manifester à moyen terme, surtout si les millésimes suivants confirment la tendance baissière. Enfin, un paradoxe qualitatif : les vignerons soulignent unanimement la bonne qualité du millésime 2025. Les baies plus petites et plus concentrées ont produit des vins souvent intenses et bien structurés. Si la quantité manque, la qualité est au rendez-vous.


Brève — Pontet-Canet ouvre les primeurs Bordeaux 2025 avec prudence

Château Pontet-Canet, cinquième grand cru classé de Pauillac, a dégainé le premier sa campagne primeurs 2025. Le prix de sortie est fixé à 86,40 euros TTC, une hausse très modeste par rapport aux 84 euros du millésime 2024 — à comparer aux 92 euros du 2023 et aux 126 euros du 2022.

Ce positionnement prudent reflète l'état d'esprit de tout le vignoble bordelais. La plateforme d'échange Liv-ex, dans son rapport d'ouverture de campagne, met en garde : l'an dernier, les ventes aux collectionneurs se sont effondrées, plusieurs membres enregistrant des baisses supérieures à 50 %. Le système des primeurs se trouve, selon l'analyste Sophia Gilmour, « à un moment charnière ». Le message est clair : la qualité seule ne suffit plus, il faut aussi rétablir la confiance tarifaire.

La semaine des primeurs a toutefois attiré 10 % de visiteurs supplémentaires par rapport à 2024, signe que Bordeaux reste un rendez-vous mondial incontournable.


Brève — Plaimont crée un fonds pour sauver la biodiversité du vignoble

La coopérative Plaimont, pilier du vignoble du Sud-Ouest, annonce la création du fonds de dotation « Le Cercle des Cépages Vivants ». L'objectif : financer la préservation des vieilles vignes et des cépages anciens menacés d'arrachage, indépendamment de toute logique commerciale immédiate.

Le projet est né d'un constat alarmant : des parcelles centenaires abritant jusqu'à dix-huit cépages différents sur un même îlot sont en passe de disparaître. « On est en train de perdre des choses qu'on ne retrouvera jamais. Des cépages, des assemblages naturels, des histoires de parcelles », alerte la coopérative.

En parallèle, Plaimont présente une cuvée de colombard issue de vieilles vignes de plus de 40 ans, élevée 30 mois sur lies et en foudre, un pari audacieux pour démontrer qu'un cépage ordinaire peut devenir un vin de gastronomie. Produite à 8 500 bouteilles, elle sera proposée autour de 13 à 14 euros.