
L'Alsace : le vignoble aux sept cépages
Saviez-vous que les Hospices de Strasbourg conservent un vin blanc datant de 1472 ? Ce vignoble de 15 500 hectares entre Vosges et Rhin produit certains des blancs les plus fascinants d'Europe.
L'Alsace : le vignoble aux sept cépages
Fiche région — Semaine 21 (18-24 mai 2026) Par Antoine, sommelier TrouveVin
Saviez-vous que les Hospices de Strasbourg conservent un vin blanc datant de 1472 ? Plus de cinq siècles en fût, et il serait encore buvable. Ce record dit tout de la tradition viticole alsacienne : ancienne, sérieuse, et obsédée par la qualité. Pourtant, l'Alsace reste le grand mal-aimé des amateurs de vin français. On la connaît pour la flûte élancée de ses bouteilles, le riesling qui accompagne la choucroute, et c'est à peu près tout. C'est injuste. Ce vignoble de 15 500 hectares, coincé entre les Vosges et le Rhin, produit certains des blancs les plus fascinants d'Europe — du riesling minéral au gewurztraminer exubérant, en passant par 51 grands crus qui n'ont rien à envier aux climats bourguignons.
Une histoire entre deux pays
Le vignoble alsacien est l'un des plus anciens de France. Les Romains y introduisent la vigne dès le Ier siècle, le long du Rhin, pour ravitailler leurs légions stationnées en Germanie supérieure. Des fouilles archéologiques à Biesheim et Kunheim ont mis au jour des raisins datant du Haut-Empire. Mais c'est sous l'impulsion des ordres monastiques, à l'époque carolingienne, que la viticulture prend son essor. Dès le début du IXe siècle, plus de 160 localités produisent du vin.
Au Moyen Âge, le « vin d'Aussey » s'exporte vers les pays nordiques par l'Ill puis le Rhin. Le XVIe siècle marque l'apogée : le vignoble couvre alors le double de sa surface actuelle. À Riquewihr, des vignerons créent une sorte d'AOC avant l'heure, fixant la date des vendanges et les cépages à planter. De beaux bâtiments Renaissance, encore debout, témoignent de cette prospérité.
La guerre de Trente Ans (1618-1648) ruine tout. Pillages, famine, peste : le vignoble est détruit. En 1828, il retrouve 30 000 hectares. Mais l'histoire alsacienne est un pendule. Rattachée à l'Allemagne de 1871 à 1918, la région devient le plus grand vignoble du Reich. Les lois allemandes autorisent le mouillage (l'ajout d'eau au moût) et favorisent les cépages productifs au détriment de la qualité. Le phylloxéra, le mildiou et la concurrence de la bière font le reste : le vignoble fond.
Après 1918, le retour à la France est progressif. L'ordonnance de 1945 crée l'appellation « vins d'Alsace ». L'AOC est obtenue en 1962. Les grands crus arrivent en 1975, le crémant en 1976. Aujourd'hui, le vignoble est stabilisé autour de 15 500 hectares, exploité par près de 3 000 domaines.
Un terroir en mosaïque
L'Alsace est un vignoble de piémont, étiré sur plus de 100 kilomètres entre Wissembourg au nord et Thann au sud, pour à peine 1,5 à 3 kilomètres de large. Cette étroite bande épouse les collines sous-vosgiennes, exposées est — l'orientation idéale pour capter le soleil matinal.
La géologie est une véritable mosaïque, l'une des plus complexes de France. Le haut des pentes affiche des roches anciennes : granites, gneiss, schistes, ardoises. Le bas des coteaux est calcaire ou marneux, recouvert de lœss. La plaine, fertile, repose sur les alluvions du Rhin. Chaque grand cru possède son sous-sol distinctif, et cette diversité se lit dans le verre.