Crise viticole : Gérard Bertrand réclame 100M€ d'urgence
Gérard Bertrand prévoit 3 à 5 ans de crise viticole. Le vigneron languedocien réclame 100 millions d'euros pour relancer les ventes de vin français.
Le diagnostic tombe : "on en est au début"
Gérard Bertrand, l'un des vignerons les plus influents du Languedoc, a livré cette semaine un diagnostic sans concession. La crise viticole française n'en est qu'à ses prémices. Lors d'une intervention rapportée par Vitisphere le 13 juin 2026, le fondateur du domaine éponyme — qui exploite près de mille hectares entre Narbonne et Limoux — a prévenu sans détour : "On n'est pas à la fin de la crise viticole, on en est au début."
Le vigneron, figure de proue des vins biodynamiques en France, anticipe encore "trois à cinq ans de difficultés". Et d'interpeller les pouvoirs publics avec une demande chiffrée : 100 millions d'euros pour relancer les ventes. "Il faut avoir un vrai plan et le piloter", a-t-il insisté, plaidant pour une approche concertée plutôt que pour des mesures au coup par coup.
L'intervention de Bertrand n'est pas anodine. Son domaine, implanté sur quinze châteaux du Languedoc-Roussillon, produit des vins distribués dans plus de 120 pays. Quand il parle, la filière écoute.
Une crise qui frappe d'abord le rouge
Le constat de Bertrand rejoint un ensemble de signaux convergeant vers la même réalité. Dans une analyse publiée le 14 juin, Vitisphere souligne qu'"il n'y a pas une crise des vins français, mais des nuances tirant de plus en plus sur le rouge". Le marché des vins rouges, autrefois socle de la consommation nationale, s'érode.
La consommation de vin en France a été divisée par plus de deux en cinquante ans. Les rouges, qui représentaient l'essentiel des volumes, pâtissent de la concurrence de la bière, des spiritueux et des boissons sans alcool. À cela s'ajoutent les droits de douane américains instaurés sous l'ère Trump, qui frappent les exportations françaises et ferment un débouché majeur.
Vitisphere résume la situation à sa manière : "2025 est sûrement la meilleure année de nos pires années qui arrivent." Les millésimes récents pourraient bien être regardés comme un âge d'or comparés aux temps qui courent.
Le procès des vins à prix cassés
Le débat sur les prix enflamme parallèlement le monde viticole. Le 14 juin, Vitisphere rapportait les propos d'un courtier au cœur du procès des vins vendus à prix abusivement bas : "le courtier a révélé qu'il défend les négociants, et non le viticulteur."
Cette tension entre négoce et production n'est pas nouvelle, mais elle s'accentue. Les "tunnels de prix", dispositifs encadrant les ventes sous un seuil minimum, font l'objet de vifs débats politiques. Le 14 juin toujours, un élu les qualifiait de mesure dont l'unique objet est de "montrer que l'on fait quelque chose", prévenant qu'une restructuration du vignoble est inévitable.
Pour Bertrand, la réponse ne réside pas dans ces dispositifs réglementaires mais dans un véritable plan de relance commerciale. Ses 100 millions d'euros viseraient à financer la promotion des vins français à l'export et la reconquête du marché intérieur.
Le vignoble entre sécheresse et grêle
La crise économique s'accompagne d'un défi climatique. Vitisphere du 12 juin décrit un vignoble français "entre deux extrêmes" : une recharge hivernale des nappes inédite depuis trente ans, mais aussi une sécheresse des sols record depuis vingt ans.
En Bourgogne, la grêle a frappé la Côte de Beaune le 11 juin, détruisant des raisins que les vignerons décrivaient comme "magnifiques" quelques heures auparavant. Ces épisodes extrêmes se multiplient et fragilisent une filière déjà sous tension.
Le haut de gamme tient, le milieu s'effrite
Le paradoxe de cette crise est que la qualité n'a jamais été aussi élevée. Le millésime 2025, dont les primeurs bordelais sont en pleine commercialisation, est salué par la critique internationale. Le magazine Decanter rapportait le 11 mai que Cheval Blanc 2025 sortait après "la plus petite récolte depuis 1961" — un vin d'exception dans des quantités minuscules.
Côté bourgignon, les prix des vignes continuent de grimper, atteignant des records en 2025 selon Decanter. Les grands terroirs résistent et s'apprécient. Preuve que le marché se polarise : le haut de gamme se porte bien, le milieu de gamme souffre, et l'entrée de gamme vacille.
L'été 2026 : explorer les terroirs accessibles
Face à cette mutation, les amateurs avisés ont tout intérêt à se tourner vers les appellations qui offrent encore un excellent rapport qualité-prix. Le Languedoc, région de Bertrand, reste l'un des terroirs les plus généreux de France. Les crus comme Minervois, Corbières ou Saint-Chinian proposent des rouges charpentés et des blancs aromatiques à des tarifs encore raisonnables.
L'été est aussi l'occasion de redécouvrir les blancs secs français. Muscadet, Picpoul de Pinet, Côtes de Gascogne : ces vins frais et minéraux offrent un rapport plaisir-prix imbattable. Tant que la crise n'a pas fini de remodeler le paysage viticole, le meilleur moyen de soutenir le vignoble reste d'acheter français, directement chez les producteurs ou auprès des cavistes de quartier.
Les trois à cinq prochaines années diront si l'appel de Bertrand a été entendu. En attendant, le vin français reste l'un des plus beaux au monde. Il mérite qu'on le défende verre en main.